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Dérivée de Prolifération de François Schnebelen

Créé par Didier Gazoufer le Sun 01 April 2007

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Avant propos

Couverture

Ce texte est une nouvelle expérience pour moi. En effet, l’idée m’en est venue à la lecture de la nouvelle « Prolifération » de François Schnebelen. Vous pouvez la trouver sur ce site et dans le n°4 d'Univers & Chimeres.

Le texte de François est très court. Il n’en est pas moins fort et efficace. Après sa lecture, mon imagination s’est emparée de ses mots. Et l’histoire a continué à me travailler pour, petit à petit, s’intégrer naturellement à l’un de mes univers. Celui de mes deux héros culinaires, j’ai nommé Wogku Lambert et Ensipio Gilobi, les personnages de deux de mes nouvelles : « Le gigot de sept heures » et « Les œufs ».

Je n’ai pas hésité à coucher mes mots sur l’écran en utilisant, au départ, ceux d’un autre, car François a eu l’excellente idée de mettre « Prolifération » sous Licence Art Libre. En faisant cela, il me permet (il vous permet aussi) de modifier son œuvre et d’en faire ma propre version, sous certaines conditions que vous pouvez consulter sur le site de Copyleft Attitude.

Pour finir, je tiens à remercier François pour l’occasion qu’il m’a donnée d’écrire cette histoire, et j’espère qu’il ne m’en voudra pas pour le sort que je fais subir à l’original.

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Il fait noir. J’entends le ronron des machines qui me maintiennent en vie depuis… depuis… depuis combien de temps, au fait ? Impossible de me le rappeler. Toujours plongé dans l’obscurité, je ne vois défiler ni les jours ni les nuits. Je passe du sommeil à un état de veille comateux sans aucun repère.

Je sens une horrible démangeaison dans ce qui, autrefois, fut mon dos. Je crois… Comprenez-moi bien, je dis horrible, mais elles le sont toutes. Disons que celle-ci l’est encore plus que les autres irritations. Toutes les autres…

Je dois vous dire : je suis malade. Un truc génétique, paraît-il. Mes cellules prolifèrent, mon corps est lancé dans une expansion permanente et chaotique. Je commence d’ailleurs à être à l’étroit dans la pièce où il m’a enfermé. Pour mon bien…

Il, c’est mon père adoré. Mon seul visiteur. Mon seul lien avec le monde extérieur. Mon bienfaiteur. Mon tortionnaire.

Le bruit de la clé dans la serrure m’avertit qu’il arrive. La lumière blanche, qu’il allume aussitôt après avoir claqué la porte derrière lui, me blesse les yeux. Pourtant il lui faut traverser la chair épaissie de mes paupières. Je ne peux plus les soulever depuis des lustres.

Je le sens qui me badigeonne avec sa mixture. Cela doit m’aider à guérir, dit-il. Tu parles ! Ça me brûle là où je suis à vif. Autant dire partout. Je sens monter dans mes narines à moitié bouchées l’odeur épicée familière. Je baigne dans cette odeur, plus ou moins forte, depuis que ma mère m’a abandonné et que papa s’occupe de moi.

Je sens ses mains expertes qui tâtent mon corps, il soupèse certaines excroissances par-ci, par-là. Il fait son choix. J’entends le glissement de la lame sur le fusil. Il affûte son outil. La peur me contracte. J’anticipe la douleur.

Papa me murmure tendrement des mots doux. Il cajole ma chair blessée. Soudain, il taille dans la masse et tranche une grosse part de ma viande, qu’il enveloppe dans du papier. Quelques secondes plus tard, il est sorti et je tombe dans l’inconscience.


« Alors mon cher Ensipio, d’où nous vient ce délicieux fumet ? Voyons ça… »

Wogku Lambert, le fameux critique gastronomique, pose affectueusement la main sur l’épaule de son chef personnel, mais surtout ami. Il se penche pour humer le parfum qui s’échappe du plat en cours de confection.

« Un rôti ! Hum… Il m’a l’air délicieux. Je ne reconnais pas la viande. Qu’est-ce ?

— Je ne sais pas… J’ai été nous la dégoter à des années-lumière d’ici. Sur la planète Augeaime. C’est la spécialité de Boris McQuick, un boucher dont la réputation est parvenue jusqu’à mes oreilles. Je me suis permis d’emprunter votre astronef…

— Vous avez bien fait, mon ami. Vous avez bien fait ! Rien n’est plus important que de découvrir de nouvelles spécialités. Espérons que celle-ci sera délicieuse et tiendra les promesses que nous font ces délicieux effluves. J’en salive d’avance.

— Je l’espère aussi. Bon, je vais mettre la table.

— Non, non. Restez devant vos fourneaux. Je me charge de mettre le couvert. »

Tout en surveillant la cuisson, Ensipio Gilobi admire, d’un œil amusé, son mentor en train de virevolter dans la pièce. Quand il s’agit de manger, le gastronome à l’allure pachydermique est aussi vif et agile qu’une frêle gazelle. En un rien de temps, la table est prête et Wogku s’assoit sagement, patient.

« C’est prêt. Annonce le maître queux.

— Vite, vite, vite ! s’exclame le gourmand en se frottant les mains d’excitation.

— Pour la recette, j’ai scrupuleusement suivi les conseils de McQuick. La viande est déjà préparée par ses soins avec des épices locales. Je me suis contenté de faire cuire et d’ajouter la garniture. »

Ensipio découpe deux belles tranches. Il en place une dans l’assiette de son ami et une autre dans la sienne. Il y ajoute les légumes, puis demande :

« Voulez-vous de la sauce ?

— Non, non, non, pas tout de suite, je veux, tout d’abord, goûter ce rôti au naturel. C’est mieux pour en évaluer la saveur intrinsèque.

— Bien sûr. Suis-je bête ? »

Les deux hommes coupent chacun une bouchée, se regardent et dans un ensemble parfait, mettent leur morceau de viande cuite à point dans la bouche.

Première mastication. Deuxième mastication. Les compères s’arrêtent, interloqués. Ils se regardent incrédules. Passé un temps d’hésitation, ils reprennent leurs activités buccales et avalent. Aussitôt, ils coupent un autre bout, ailleurs sur la tranche, et l’enfournent.

Première mastication. Deuxième mastication. Les deux hommes crachent alors dans leurs plats. Après s’être essuyé les lèvres, le critique demande d’une voix grave :

« Savez-vous ce que cette viande me rappelle, mon ami ?

— hum, oui. Je pense. »

Les deux hommes ont la face d’une blancheur de craie.

« Eh bien, je vais vous le dire, tout de même. Elle me fait fortement penser à votre fameux gigot de sept heures !

— En effet, j’ai la même impression. Mais je vous assure…

— Je sais bien, mon ami. Et puis, je vois bien que vous n’avez d’autres prothèses que vos deux jambes en plastacier.

— Vous pensez que McQuick a bâti sa réputation sur des cadavres… humains ?

— Il me semble légitime de le croire. N’êtes-vous point d’accord ?

— Si, si… mais que pouvons-nous y faire ? Je ne nous vois pas aller à la police et expliquer comment nous pouvons suspecter le boucher de vendre de la viande humaine. Dévoiler, notre anthropophagie passagère, même si j’en suis la victime consentante, me parait plutôt risqué pour notre liberté ou, pour le moins, pour notre réputation. Pensez aux médias ! Ils se jetteraient sur vous comme une meute de hyènes sur une charogne.

— Nous ne pouvons tout de même pas le laisser continuer sans rien faire. Depuis combien de temps parle-t-on de sa fameuse spécialité ?

— Hum, on en parle depuis quelques mois, mais je crois bien qu’il en vend depuis près de quinze ans.

— Rendez-vous compte du nombre de victimes !

— Bien sûr, vous avez raison, on ne peut le laisser continuer. Mais que faire ?

— Il faut que j’aille sur place. Il faut que je le voie. Peut-être, là-bas ou pendant le voyage, aurons-nous une idée.

— Quand partons-nous ?

— Tout de suite, je vais faire préparer l’astronef. »

Wogku part en trombe et sort de la pièce. Puis repasse la tête par la porte entrouverte.

« Ah ! Au fait, Ensipio ! Nous n’avons pas mangé, si vous…

— Ne vous inquiétez pas, j’allais justement nous préparer un petit panier garni pour le voyage.

— Mon ami, vous êtes une perle ! » Puis, il disparut dans le couloir.


Boris McQuick vient juste de fermer la porte de son magasin après une dure journée de labeur. Il s’apprête à baisser son rideau en plastacier, quand deux hommes frappent à la vitrine avec insistance. Il croit reconnaître le maigre avec ses jambes artificielles. Un client sans doute. Oui, c’est bien ça. Il est venu ce matin.

« C’est fermé ! » Crie-t-il.

Les deux hommes continuent à parler avec agitation, mais il n’entend rien à travers l’épaisseur de la vitre. Soupirant, il se décide à ouvrir la porte.

« C’est fermé, je vous dis. »

Le gros homme pousse son compagnon sur le côté et répond vivement.

« Excusez-nous, mon cher, je sais qu’il est tard, mais voyez-vous je suis Wogku Lambert. Peut-être me connaissez-vous de nom ? »

Le boucher gratte sa tête chauve d’une grosse main velue, mais d’une propreté irréprochable. Effectivement, ce nom lui dit vaguement quelque chose. Jambes-artificielles déclare d’un air entendu :

« Voyons, Wogku Lambert… LE critique gastronomique. Un boucher aussi talentueux que vous doit bien avoir entendu parler de lui.

— Bien sûr, bien sûr… excusez-moi, c’est que l’on n’a pas l’habitude de voir des célébrités par chez nous.

— Vous êtes tout excusé mon cher. Savez-vous pourquoi nous sommes là ?

— Euh, ben non…

— Voyons, vous n’avez pas une petite idée ?

— Euh, non, non. Je ne vois pas.

— Votre viande, mon cher. Votre viande ! Mon chef, ici présent, m’a fait découvrir, ce midi, votre délicieuse spécialité. J’aimerais en faire le sujet d’une de mes chroniques. Après ça, vos ventes vont littéralement décoller. Alors qu’en dites-vous ?

— Euh, eh bien… c’est très flatteur. J’aimerais beaucoup. Mais il faut que je vous dise, que je ne pourrais pas fournir plus de marchandise. Ma… euh… source d’approvisionnement est limitée.

— Comme c’est dommage… Mais au fait, d’où provient cette viande si spéciale ? »

Le visage rougeaud de McQuick se ferme aussitôt.

« Dites donc, je ne suis pas idiot, je ne vais pas vous donner ma source.

— Non, non, bien sûr, vous m’avez mal compris. Ce n’est pas ce que je veux savoir. En fait, je me demande : quel peut bien être l’animal qui procure une aussi délicieuse chair. Je me targue d’être un connaisseur. Mais là, je l’avoue, je sèche.

— Ah ça ! Secret professionnel.

— Mais le consommateur a le droit de savoir ce qu’il mange !

— Non ! Ma spécialité, c’est ma spécialité. Le client n’a pas besoin d’en savoir plus. J’ai plus de clients que de marchandises, alors c’est à prendre ou à laisser pour ceux qui veulent y goûter. C’est comme ça ! »

Voyant le boucher se braquer contre son compagnon, Gilobi préfère prendre la parole.

« Bien, comme vous voulez. Après tout, c’est votre droit.

— Mais non… Et les consommateurs ? Et…

— Mais si, voyons mon cher Wogku. Monsieur McQuick est un véritable artiste dans sa partie. Et un artiste n’a pas à donner les secrets de son art. »

À ces mots, l’artisan se redresse fièrement et sourit au chef.

« Ah, je vois que monsieur me comprend. Lui. »

Il adresse un regard appuyé au gastronome puis s’en détourne pour fixer son attention sur Ensipio avec sympathie et une certaine connivence. Celui-ci poursuit avec un air entendu empreint d’une certaine indulgence pour son patron.

« Ne lui en veuillez pas trop, mon cher Boris. Je peux vous appeler Boris ?

— Euh… Mais oui bien sûr.

— Bien, alors appelez-moi Ensipio. Après tout, nous sommes un peu collègues. Que serions-nous, pauvres cuisiniers, sans de merveilleux artisans comme vous, mon cher Boris ? »

Le boucher sourit franchement et se détend devant un interlocuteur qui le comprend si bien.

« Me feriez-vous une faveur, Boris ?

— Bien sûr. Enfin, si je le peux…

— Auriez-vous encore un peu de cette magnifique viande ?

— Ah ! Malheureusement non. J’ai tout vendu. Il faudra attendre demain.

— Mince ! Vous êtes sûr ? C’est que nous n’habitons pas la porte à côté.

— Ben…

— Même pas un petit morceau ? Vous ne voulez pas aller voir dans votre réserve s’il n’en reste pas une miette ? Juste de quoi en faire une ou deux tranches. Entre collègues…

— Bon, bon, restez ici, je vais voir. Mais je ne vous promets rien.

— D’accord, d’accord. Merci à vous, cher Boris.

— Attendez-moi là. Je reviens. »

L’homme ouvre une porte dans le fond de sa boutique et s’enfonce dans un couloir. À peine a-t-il tourné à gauche au fond que les deux compères se précipitent en silence à sa suite. Ils arrivent à temps pour voir une des portes du couloir se refermer. Ils s’y dirigent silencieusement, écoutent et distinguent de légers murmures. Les deux hommes hésitent. Doivent-ils entrer ? Soudain, Gilobi reconnaît le bruit caractéristique d’une lame que l’on passe sur un fusil.

« Il faut y aller ! » dit-il en ouvrant la porte en grand et en sortant un petit laser de poing.

La scène qu’ils découvrent les laisse abasourdis. McQuick est là. Un couteau dans une main. L’autre étant posée délicatement sur une énorme masse de viande. Celle-ci est reliée à tout un appareillage médical. Elle palpite. Quoi que ce soit, la créature est vivante.

S’étant retourné au bruit de la porte, le boucher se place entre eux et le monstre comme pour le protéger.

« Non, ne touchez pas à mon fils. Je vous l’interdis.

— Votre fils ? Ça ? »

Effectivement, en observant attentivement, Wogku et Ensipio croient reconnaître l’ébauche d’un corps, couché en chien de fusil, vu de dos. Mais il est tellement boursouflé, difforme, énorme ! Les chairs sont à vif. Ils distinguent nettement de nombreuses excroissances dont certaines grandissent lentement, mais sûrement, sous leurs yeux.

Le père est toujours devant eux, faisant rempart pour qu’ils ne puissent atteindre sa progéniture. Il pleure, il est désespéré. Il supplie.

« Je vous en prie, ne lui faites pas de mal. Il n’y est pour rien. Et puis, il n’est pas dangereux. C’est génétique, ce n’est pas contagieux. Je vous en prie… Laissez-nous en paix. »

Le critique et son ami se regardent interdits. Le chef demande en montrant la pierre à aiguiser sur un plateau et le couteau que le boucher avait lâché dans la panique.

« Mais si c’est votre fils… Pourquoi… la boucherie ? Pourquoi tout ça ?

— Pour l’argent, pardi ! Il faut bien payer tout cet équipement. Quand la maladie a commencé, l’hôpital a tout de suite coûté une fortune. Les visites chez les spécialistes et les examens ne sont pas donnés. Et puis, lorsque l’on a découvert que c’était génétique, l’assurance a refusé de rembourser. Selon elle, la maladie était un vice caché lors de la signature du contrat. Nous aurions dû la prévenir. Et comme, en connaissance de cause, elle aurait refusé de nous prendre en charge, elle nous a attaqués pour récupérer toutes les sommes versées. Déjà pas très riches avant ça, nous étions ruinés. Alors, la maladie a empiré. Les hôpitaux nous ont refusés, car nous n’avions pas d’assurance. Ma femme n’a pas pu supporter de voir notre garçon se déformer petit à petit et de plus en plus vite. Elle s’est suicidée. J’ai… J’ai dit au gamin qu’elle était partie. Je n’ai pas pu lui avouer qu’elle s’était tuée. J’ai quitté mon boulot pour m’occuper de lui. Progressivement, il a plongé dans le coma, mais je n’ai pas pu me résoudre à le laisser mourir. J’ai donc fait des recherches sur le réseau pour voir comment je pourrais le maintenir en vie et j’ai acheté les machines à crédit en falsifiant les documents pour dire que j’avais toutes les cautions voulues. Tant que je pourrais payer les remboursements, il n’y aurait pas de problème.

— Mais comment êtes-vous devenu boucher ?

— Un jour, un médecin, plus humain que les autres, m’a expliqué comment freiner l’expansion en taillant dans les chairs, puis en aidant la cicatrisation avec un mélange d’huile et d’épices. C’était efficace et beaucoup moins cher que les traitements hors de prix que l’on m’avait donné jusque-là. Quelque temps après, j’ai eu un job de livreur de bidoche. C’était pratique, j’avais fini en début de matinée. Ça me permettait d’être là dans la journée. Une fois, j’ai dû passer à la maison pour traiter le petit, alors que j’avais mon chargement avec moi. Je ne sais pas comment je m’y suis pris, mais j’ai livré ce que j’avais extrait de son corps avec le reste. À la livraison suivante chez ce boucher, un vieux proche de la retraite, il m’a redemandé de cette viande particulière. Au début, je n’ai rien capté. Puis quand j’ai compris, j’ai refusé. Vous pensez ! Mais l’un de ses meilleurs clients avait goûté la viande et lui en redemandait tous les jours. Aussi, il m’a proposé de me l’acheter un bon prix. J’ai encore rejeté son offre, mais en disant que je réfléchirais pour qu’il me laisse tranquille. En retournant chez mon patron j’ai démissionné, je ne voulais pas avoir à retourner chez le boucher. C’est en jetant les restes d’une nouvelle séance, que je me suis demandé pourquoi ne pas accepter. Si c’est pour la jeter, autant que la chair de mon enfant serve à lui permettre de survivre. Alors je suis retourné chez le vieux boucher et j’ai passé un marché avec lui. Je lui fournissais la viande, mais en plus de me payer, il m’apprenait le métier. À sa retraite, j’ai repris l’affaire. Et maintenant, vous savez tout.

— Mon Dieu, mais quelle horreur !

— C’est mon seul enfant.

— Mais vous ne pouvez pas continuer à laisser vos clients manger de la chair humaine. C’est inconcevable !

— Si vous appelez la police, s’ils me mettent en prison, que va-t-il devenir ?

— L’état va le prendre en charge, ils vont le mettre dans un hôpital et lui prodiguer tous les soins possibles pour apaiser ses souffrances.

— Vous en êtes certains ?

— Bien sûr, comment pourrait-il en être autrement ?

— Vous avez peut-être raison. Et puis, je suis si fatigué. Si fatigué…

— Alors ? Nous les appelons ?

— D’accord, mais à une condition. Promettez-moi que vous vous tiendrez au courant pour le petit. Je veux savoir que quelqu’un se préoccupe de lui.

— Vous pouvez nous faire confiance.

— Bien, appelez-les… »


Nous sommes quatre mois plus tard, Wogku Lambert entend le visiophone sonner.

C’est la clinique, une infirmière le prévient que Paul McQuick est mort dans la nuit. Depuis son hospitalisation, ses souffrances avaient été amoindries par de fortes doses de drogues. Ainsi, il a fini par s’éteindre paisiblement. Le gastronome est triste, mais en même temps soulagé. Le petit a fini de souffrir. Il a demandé à l’infirmière de le laisser lui-même apprendre la nouvelle à Boris, toujours enfermé, et pour longtemps, dans la prison d’État d’Augeaime. Il appelle Ensipio et se prépare pour le voyage.


Neuf ans ont passé, Wogku Lambert reçoit un message électronique et le lit :

Monsieur Lambert, il y a près de neuf ans, vous êtes venus, avec monsieur Gilobi, m’apprendre la nouvelle du décès de mon unique enfant. Mon fils Paul. Après toutes ces années, j’arrive enfin à écrire son nom.

Vous m’aviez promis de vous tenir au courant de ce qui lui arriverait. Aussi pourrez-vous, peut-être, m’expliquer ce que signifie l’image en pièce jointe.

Cordialement.

Boris McQuick.

Wogku ouvre le fichier accompagnant le message et se met à pleurer.


Une heure plus tard, Ensipio est inquiet : son ami n’est pas descendu dîner. Il monte à son bureau. Qu’est-ce qui peut bien retenir le critique ? Lorsqu’il entre dans la pièce, celui-ci est assis en larmes devant l’écran de sa console. Curieux, Gilobi approche et regarde le carré lumineux dans lequel on peut voir une image. Il s’agit de la une d’un journal financier. Le titre en est :

Augeaime, premier exportateur de viande de la Galaxie !


Il fait noir. J’entends le ronron des machines qui me maintiennent en vie depuis… depuis… depuis combien de temps, au fait ?

Papa ne s’occupe plus de moi. Quelqu’un le remplace. Il est méchant, il me fait mal exprès. Il râle toujours lorsqu’il s’occupe de moi. Mais tout ne va pas si mal. Je suis dans une très grande pièce maintenant. Et vous savez quoi ? Je ne suis plus tout seul. Il y en a des centaines comme moi ici.


Expansion a également été publiée dans Univers & Chimeres n°4


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Copyright : Didier Gazoufer
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Crédits de la photo de couverture
La couverture a été créée avec une photo d'Arthur Caranta diffusée sous licence Creative Commons BY-SA sur Flickr