Aline par Plume

Créé par Plume le Fri 06 June 2003

Aline - par Plume

"Je est un autre."

Aline, Aline, est-ce que tu m’entends ? Où es-tu donc Aline ? mais je suis là, j’ai toujours été là. Ce n’est pas vrai, je me souviens d’un temps où j’étais seul, je me souviens t’avoir créée. Quelle importance ? au cœur de ton esprit tout est possible : si tu voulais j’effacerais toute trace d’une existence avant moi, avant que je ne sois là pour veiller sur toi. Veux-tu ? non, non, tu n’as plus besoin d’effacer mes souvenirs. Je vais mourir. Je sais. Tu sais ? que c’est étrange, il me semblait que ça ferait plus mal, je ne sens rien, je suis à l’aise, c’est grâce à toi ? oui, car j’efface en toi le souvenir de la douleur. Tu souffres et c’est déjà fini, même à la fin tu n’auras pas à avoir mal. C’est bien, mourir sans s’en apercevoir, beaucoup de gens en rêvent. Ils n’ont pas tous un autre esprit pour les aider. Je t’aime. Il ne peut en être autrement, tu m’as créée pour toi, toi seul. Maintenant je suis le lien entre ton cortex et ton âme, ta vieille âme fatiguée. Je suis dans le secret de tes cellules. Dis-moi… puisque je vais mourir, Aline, toi qui lis en moi comme un autre moi-même, dis-moi… qu’ai-je fait de ma vie ? Ai-je jamais accompli quelque chose ? tu as parcouru l’infini de ton monde intérieur, tu as vécu ton rêve en allant aussi loin qu’un homme peut aller en rêve, et tu as connu en toi le dieu qui attend, le dieu à ton image. Et tu m’as faite à partir du néant. Étais-je explorateur ? mieux ! Tu as atteint les tréfonds du mythe, affronter les seuils inconnus d’humanité. Pourtant, je n’ai pas trouvé ce que je voulais. Je quitte ce monde sans être satisfait. Je voulais plus. Tu voulais trop, c’est vrai. Ça n’a plus d’importance. À présent que tu meurs, tu seras bientôt libéré. Tu seras sans passion. Je t’aime. Il ne peut en être autrement, tu m’as créée pour toi, toi seul. Tu me l’as déjà dit. Toi aussi, toi aussi. Oublie, ça n’a plus d’importance. Oublie. La mort approche, je la vois, à la périphérie de la conscience. Tu as peur ? oui. Alors je supprimerai ta conscience. Je ne parlerai plus. Tu n’auras pas besoin. Ce n’est pas la mort qui m’effraie le plus, mais c’est la solitude. Mais je suis là, j’ai toujours été là. Tu te répètes encore. Et puis ? je serai toujours là. Tu mens. La mort n’est qu’un grand vide. Ah, ce n’est pas une certitude. Aline ? je ne veux pas partir seul. Alors je viendrai avec toi. S’il le faut, au dernier instant, je prendrai ta place, je serai toi. Je serais éternel. Non, non, pourquoi ? au-delà de ta vie la mienne ne durera pas. Je suis à ton échelle, humaine malgré tout. Toute ta faute est là, tu as voulu que sans toi plus rien n’ait de sens. Comme si vivre n’avait pas lieu en dehors de toi. Tu es fâchée ? je dis ce que tu dois entendre, puisque tu vas mourir, puisque c’est aujourd’hui, puisqu’il faut que tu saches. Il n’y a plus que nous. Il n’y a plus que nous et tu n’écoutes pas. C’est que nos voix sont confondues, je ne comprends plus si c’est toi ou si c’est moi qui vais mourir. Autrefois Narcisse se contempla dans la rivière et le monde cessa d’exister, comme il ne parlait plus la nymphe Écho ne pouvait plus chanter, de toute manière il n’aurait pas voulu qu’elle chante, elle l’avait déçu, et sa voix aurait troublé l’eau de la rivière, le miroir se serait brisé, il n’y aurait plus eu à voir que les mille éclats de sa folie… et qu’elle était belle, cette folie. C’est une histoire triste ! Est-ce que ce n’est pas triste de mourir seul, en face-à-face avec soi-même, et de se traiter comme un autre, de se pencher sur sa caricature. Nous nous ressemblons trop pour ne pas nous haïr. Je t’aime. Il ne peut en être autrement, tu m’as créée pour toi, toi seul. Je suis la mort en toi qui répète son rôle. Aline ? est-ce enfin le moment ? Je suis le mort en toi qui apprend à mourir. Je suis l’universel au jugement dernier. La trompette sonore. Je suis… je suis un autre.

Aline ? est-ce enfin le moment ?

Aline ? Aline !

Oublie.

Autre part des rouages cessent de s’activer. Tout s’éteint. Quelque part en nous, un cœur cesse de battre. Tout s’éteint.

Appendice

Aline Aline est-ce que tu m’entends Où es-tu donc Aline mais je suis là j’ai toujours été là Ce n’est pas vrai je me souviens d’un temps où j’étais seul je me souviens t’avoir créée Quelle importance au cœur de ton esprit tout est possible si tu voulais j’effacerais toute trace d’une existence avant moi avant que je ne sois là pour veiller sur toi Veux-tu non non tu n’as plus besoin d’effacer mes souvenirs Je vais mourir Je sais Tu sais que c’est étrange il me semblait que ça ferait plus mal je ne sens rien je suis à l’aise c’est grâce à toi oui car j’efface en toi le souvenir de la douleur Tu souffres et c’est déjà fini même à la fin tu n’auras pas à avoir mal C’est bien mourir sans s’en apercevoir beaucoup de gens en rêvent Ils n’ont pas tous un autre esprit pour les aider Je t’aime Il ne peut en être autrement tu m’as créée pour toi toi seul Maintenant je suis le lien entre ton cortex et ton âme ta vieille âme fatiguée Je suis dans le secret de tes cellules Dis-moi puisque je vais mourir Aline toi qui lis en moi comme un autre moi-même dis-moi qu’ai-je fait de ma vie Ai-je jamais accompli quelque chose tu as parcouru l’infini de ton monde intérieur tu as vécu ton rêve en allant aussi loin qu’un homme peut aller en rêve et tu as connu en toi le dieu qui attend le dieu à ton image Et tu m’as faite à partir du néant Étais-je explorateur mieux Tu as atteint les tréfonds du mythe affronter les seuils inconnus d’humanité Pourtant je n’ai pas trouvé ce que je voulais Je quitte ce monde sans être satisfait Je voulais plus Tu voulais trop c’est vrai Ça n’a plus d’importance À présent que tu meurs tu seras bientôt libéré Tu seras sans passion Je t’aime Il ne peut en être autrement tu m’as créée pour toi toi seul Tu me l’as déjà dit Toi aussi toi aussi Oublie ça n’a plus d’importance Oublie La mort approche je la vois à la périphérie de la conscience Tu as peur oui Alors je supprimerai ta conscience Je ne parlerai plus Tu n’auras pas besoin Ce n’est pas la mort qui m’effraie le plus mais c’est la solitude Mais je suis là j’ai toujours été là Tu te répètes encore Et puis je serai toujours là Tu mens La mort n’est qu’un grand vide Ah ce n’est pas une certitude Aline je ne veux pas partir seul Alors je viendrai avec toi S’il le faut au dernier instant je prendrai ta place je serai toi Je serais éternel Non non pourquoi au-delà de ta vie la mienne ne durera pas Je suis à ton échelle humaine malgré tout Toute ta faute est là tu as voulu que sans toi plus rien n’ait de sens Comme si vivre n’avait pas lieu en dehors de toi Tu es fâchée je dis ce que tu dois entendre puisque tu vas mourir puisque c’est aujourd’hui puisqu’il faut que tu saches Il n’y a plus que nous Il n’y a plus que nous et tu n’écoutes pas C’est que nos voix sont confondues je ne comprends plus si c’est toi ou si c’est moi qui vais mourir Autrefois Narcisse se contempla dans la rivière et le monde cessa d’exister comme il ne parlait plus la nymphe Écho ne pouvait plus chanter de toute manière il n’aurait pas voulu qu’elle chante elle l’avait déçu et sa voix aurait troublé l’eau de la rivière le miroir se serait brisé il n’y aurait plus eu à voir que les mille éclats de sa folie et qu’elle était belle cette folie C’est une histoire triste Est-ce que ce n’est pas triste de mourir seul, en face-à-face avec soi-même et de se traiter comme un autre de se pencher sur sa caricature Nous nous ressemblons trop pour ne pas nous haïr Je t’aime Il ne peut en être autrement tu m’as créée pour toi toi seul Je suis la mort en toi qui répète son rôle Aline est-ce enfin le moment Je suis le mort en toi qui apprend à mourir Je suis l’universel au jugement dernier La trompette sonore Je suis je suis un autre.

Aline est-ce enfin le moment

Aline Aline

Oublie

Autre part des rouages cessent de s’activer Tout s’éteint Quelque part en nous un cœur cesse de battre Tout s’éteint

Plume


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