Il était une fois

Tout est dans le titre.

Créé par Didier Gazoufer le Sun 01 June 2003

Il était une fois

Couverture

Il était une fois… Je biffe ces mots et repose mon stylo-plume en réfléchissant.

« Non, cette expression est trop ringarde, Thomas ne va pas s’intéresser à mon histoire, si elle commence aussi bêtement que : " Il était une fois… " Cela entraîne trop facilement le "… ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants " final. Pourtant, je me rappelle encore l’effet provoqué par ces simples mots lorsque, moi aussi, j’avais six ans. Grâce à cette simple phrase, je me retrouvais transporté dans des mondes féeriques pleins de splendeurs et de promesses d’aventures.

Allez, c’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes, donnons encore une chance à cette formule magique. »

Je reprends mon stylo et écris de nouveau : « Il était une fois un jeune garçon qui s’appelait Eolwyn…


Eolwyn se réveille très agité, c’est son grand jour. Demain, il sera un homme à part entière. En effet, il a quatorze ans, et comme tous les garçons ayant atteint cet âge dans l’année, il va être initié par les hommes du village et devenir l’un des leurs pendant la fête du solstice d’été.

Il est tôt, le soleil se lève à peine, les oiseaux pépient gaiement. Eolwyn regarde par la fenêtre. Le village est paisible comme à son habitude, les maisons en bois et aux toits de chaume respirent la tranquillité. Le ciel est sans nuages, ce sera vraiment une belle journée et il est heureux.

Après s’être habillé, il descend, quatre à quatre, les marches de l’escalier étroit et abrupt menant directement de sa chambre à la cuisine. Narkita, sa mère, est là en train de cuisiner le petit déjeuner, composé de lait et de petits pains chauds arrosés de miel. Le parfum dégagé par le repas en préparation lui fait prendre conscience de son immense appétit. Son père le regarde arriver avec nostalgie. Officiellement, son fils ne va plus dépendre de lui après cette journée.


Je pose de nouveau mon stylo. « Et si je faisais plutôt d’Eolwyn un orphelin, cela donnerait une dimension plus dramatique à mon conte. »

Je raye donc les phrases faisant mention du père, et poursuis mon écriture.


Eolwyn ferme les yeux, deux trois secondes, avec une sensation bizarre. Il les ouvre de nouveau. Sa mère ne l’a pas vu, elle continue de s’affairer sur le repas, elle est seule dans la pièce. Mais pourquoi a-t-il vu un père qu’il n’a jamais connu ? En effet, cette brave femme l’avait élevé seule, son père étant mort avant sa naissance.

De ce père, Eolwyn ne connaît pratiquement rien. Sa mère ne veut pas en parler et ceux du village non plus. Il s’agissait d’un étranger arrivé récemment avant sa mort. C’est la seule information que l’adolescent ait réussi à glaner çà et là au fil du temps.

Après le repas, il fait rapidement ses corvées du matin. Il nourrit les cochons. Il trait la vache, grâce au lait de laquelle sa mère fait ses succulents fromages. Enfin, il coupe un peu de bois pour le fourneau de Narkita. Puis il part rejoindre ses amis près de la rivière. Aujourd’hui, il n’y a pas classe, car c’est la fête du solstice.

Pendant cette fête va avoir lieu la cérémonie du Passage. Il va comparaître devant le conseil des hommes et déclarer qu’il n’est plus un enfant et qu’il est temps pour lui de commencer l’apprentissage de son futur métier.

Eolwyn y a bien réfléchi, il veut devenir aubergiste. Un métier où il pourra rencontrer des voyageurs toujours prompts à raconter bon nombre d’histoires, et Eolwyn adore les histoires, les contes et les légendes. De plus, Arnhawyn, l’aubergiste actuel, commence à se faire vieux et a bien besoin d’un apprenti pour l’aider à servir les clients, à ranger les tonneaux dans la cave et à les mettre en perce. Puis, dans quelques années, il pourra, peut-être, reprendre l’établissement et se marier.

Il espère donc que le conseil va accepter sa demande. Mais il ne devrait pas y avoir de problème, sauf si un autre postulant fait la même demande, ou si Arnhawyn ne veut pas d’apprenti pour l’instant.

Eolwyn passe donc sa dernière journée d’enfant à s’amuser près de la rivière avec ses amis. Après ce soir, certains seront toujours des enfants, et d’autres comme lui seront devenus des hommes, et ils ne pourront plus se permettre de venir nager ou pêcher des écrevisses en pleine journée. C’est donc avec une certaine nostalgie qu’ils se séparent avant d’aller s’apprêter pour la célébration de ce soir.

Narkita lui a préparé ses plus beaux habits : une nouvelle chemise qu’elle lui a confectionnée en cachette, des chausses brunes, une tunique verte et des bottes en daim toutes neuves. Il les enfile en faisant bien attention à ne pas les salir, l’anxiété commence à le gagner. Il se répète le petit discours qu’il a projeté de déclarer devant l’assemblée.

Ça y est, les tambours résonnent sur la place, le héraut appelle les jeunes prétendants à se manifester, c’est le moment d’y aller.

Cette année, ils sont quatre garçons à avoir eu quatorze ans, Eolwyn est le troisième à passer dans la salle du conseil.

Quand vient son tour, sa mère l’embrasse émue. Il s’avance droit et fier pour entrer dans la pièce. Tous les hommes du village sont présents. Il les a toujours connus, le village est comme une grande famille, certains sourient, d’autres ont un air faussement sévère.

Arrivé au centre de la salle, il s’arrête.

« Tu veux t’exprimer devant le conseil, Enfant ? Déclare Gaawyn, le chef du village. Donne-nous ton nom, celui de tes parents, et dis-nous ce que tu désires.

— Je m’appelle Eolwyn, ma mère s’appelle Narkita et mon père s’appelait…


Assis à mon bureau, je m’arrête de nouveau. Que puis-je faire pour captiver mon neveu ? Si je continue comme ça, avec mon histoire à l’eau de rose, le petit Thomas refermera le livre et retournera à ses dessins animés japonais. Il faut donc que je trouve une péripétie assez accrocheuse pour qu’il continue à lire, mais je ne veux pas avoir recours à la violence dans mon conte.

Je me lève pour réfléchir, je regarde dans le jardin, en fumant une cigarette, pour me changer les idées. Puis, un sourire aux lèvres, je m’assois et reprends la plume.


« Et mon père s’appelait Maurice. Je ne désire rien sinon mon droit d’être considéré comme un homme, car j’ai eu quatorze ans cette année. »

Après ces mots, Eolwyn parcourt la salle des yeux. Les expressions sur les visages reflètent tantôt la peine et la gêne, tantôt la haine et la colère.

La colère ? La haine ? Comment ces hommes l’ayant vu grandir peuvent-ils le regarder ainsi ?

« Et que veux-tu faire pour contribuer à la bonne marche du village, Eolwyn fils de Narkita et de… Maurice ? lui répond Gaawyn d’une voix sévère.

— Je veux être aubergiste et devenir l’apprenti d’Arnhawyn. »

Eolwyn voit Arnhawyn baisser les yeux avec une infinie tristesse, pendant que des cris de colère s’élèvent dans la salle.

« Plaisantes-tu Eolwyn ? Comment crois-tu que nous pourrions laisser le fils d’un fou exercer une activité qui le mettrait en contact avec des étrangers, et ainsi pervertir la renommée de notre village ? Tant que tu étais un enfant, cela n’avait pas grande importance. Mais en devenant un homme, tu deviens le représentant du village. Nous ne pouvons t’exposer à la vue de nos visiteurs. Sois déjà heureux que nous t’autorisions à rester, beaucoup d’entre nous étaient contre. Orgowyn a besoin d’un aide. Telle sera ta tâche à l’avenir.

Tu peux remercier le conseil et accepter ta charge, ainsi tu deviendras un homme et cesseras d’être un enfant. » Gaawyn s’assoit un sourire mauvais aux lèvres.

Eolwyn n’en croit pas ses oreilles pointues. Orgowyn est l’homme à tout faire du village. Tous les travaux les plus rebutants sont pour lui. Les enfants lui jettent des pierres quand ils le voient, les femmes font un détour pour l’éviter, les hommes le battent quand il leur en prend l’envie.

Et c’est cette place qu’il doit prendre ? Devra-t-il être le souffre-douleur de la petite communauté ? Tous ses rêves s’écroulent, mais que peut-il faire d’autre que d’accepter son sort ? Il ne connaît que son village, et s’il refuse, il devra partir et ne plus jamais revenir. Il faut qu’il accepte, il pourra, peut-être, les faire changer d’avis dans quelques années.

« J’accepte… »


Je sais que je suis à un tournant de mon histoire.

Soit, mon personnage principal accepte de devenir l’homme à tout faire du village et je peux écrire un pastiche de Cendrillon. Soit, Eolwyn refuse la proposition du chef, et là je ne sais pas encore où va bien pouvoir aller mon histoire.


« Non ! Ce n’est pas possible ! Je refuse ! Pourquoi dites-vous que mon père était un fou ? »

Les questions se bousculent dans son esprit, mais restent coincées au fond de sa gorge. Pour ne pas pleurer devant tout le monde, Eolwyn prend ses jambes à son cou et s’enfuit en courant de la salle du conseil.

La nouvelle s’est déjà répandue, parmi les femmes et les enfants qui se trouvent devant la salle commune. Dans sa course folle, Eolwyn aperçoit sa mère en train de pleurer, recroquevillée sur elle-même au milieu de ses amies, qui tentent de la consoler. Il ne peut pas s’arrêter, il faut qu’il trouve un endroit tranquille, où il pourra réfléchir.

Cet asile, il le trouve, comme d’habitude, dans la forêt. Là, près d’un petit étang, il a construit, il y a bien des années déjà, une cabane perchée dans un arbre. C’est ici qu’il vient lorsqu’il se dispute avec sa mère ou avec ses amis.

Épuisé par sa fuite éperdue et par ses vives émotions, il s’endort comme une masse sur les planches inégales et pas toujours bien jointes du plancher.

L’aube se lève, Eolwyn est réveillé par le chant des oiseaux, qui se moquent totalement de ses problèmes et de sa fatigue. Il est tout ankylosé, ses beaux vêtements sont pleins de crasse et déchirés. Il remarque sans vraiment s’en soucier qu’il s’est légèrement blessé à la main droite et au genou gauche. Sans doute est-il tombé pendant sa fuite, mais il n’en garde aucun souvenir. La nuit ne lui a pas porté conseil, il ne sait toujours pas où il en est, et ce qu’il va bien pouvoir faire.

Tout d’abord, il doit rentrer chez lui. Il descend donc de son arbre et se dirige vers la maison de sa mère. Il a l’esprit plein de questions et elle devra lui répondre de gré ou de force. Il sent la colère monter en lui. Pourquoi ne lui a-t-on jamais rien dit sur la folie de son père ? D’accord, il savait qu’il était étranger, mais fou ?

Lorsqu’il entre dans la cuisine, sa rage retombe aussitôt quand il voit Narkita, le visage ravagé par les larmes et la fatigue. Elle n’a pas dormi de la nuit et est restée assise là, à l’attendre, folle d’angoisse. Il s’approche doucement d’elle et lui demande simplement dans un murmure : « Pourquoi ? »


« Bon, me dis-je, maintenant il faut que je trouve une histoire pas trop bancale. C’est bien beau de partir dans l’inconnu, mais il faut arriver à retomber sur ses pattes. »

J’entends qu’on m’appelle au rez-de-chaussée. Je regarde ma montre, il est bientôt treize heures, ce doit être ma femme pour le déjeuner.

Je descends mettre le couvert, pour Sophie et moi, tout en pensant qu’il faut que je finisse mon histoire avant la fin de la semaine, pour pouvoir l’offrir à Thomas qui vient passer une quinzaine de jours chez nous pour les vacances.

Pendant le repas, le journal télévisé fait ses gros titres sur le résultat du match de football de la veille entre l’Olympique de Marseille et le Paris Saint-Germain, et le septième mariage d’une obscure star du cinéma. Les soixante-six mille morts, du tremblement de terre de la semaine dernière, ne sont plus qu’un entrefilet à la fin du journal. Oubliés la misère, les blessés et les épidémies, car aujourd’hui, l’OM a battu son adversaire de toujours, trois buts à un, et un acteur sur le retour s’est remarié avec une jeune femme qui pourrait être sa petite-fille.

Je me demande si la terre tourne bien rond.

Enfin, je ne peux pas changer le monde. Je décide donc d’aller faire une petite sieste, à l’ombre sur la terrasse.

Une fois reposé, je retourne à mon bureau.


Après un long moment qui paraît une éternité à Eolwyn, sa mère lève ses yeux rougis vers lui en disant :

« Sache une chose, Eolwyn, ton père n’était pas fou, il était tout simplement différent.

— Raconte-moi, alors.

— C’était il y a un peu plus de quinze ans, j’étais au service d’Arnhawyn à l’auberge. Je servais les clients qui, à cette époque, étaient plus nombreux que de nos jours, c’était un travail agréable, car comme toi, j’aimais écouter les histoires étranges et merveilleuses que souvent les voyageurs se plaisaient à raconter.

Un soir d’hiver, un homme est arrivé au village. Il était très laid. Il avait les cheveux noirs, des poils sur le visage autour de la bouche et sur les joues, des oreilles arrondies et non pointues, et des yeux marron. Jamais personne n’avait vu un tel homme, même pas Arnhawyn, qui était déjà le doyen du village, et qui, avec son métier, voit le plus d’étrangers. Mais cet homme horrible, je l’ai tout de suite trouvé beau, car ses yeux, même s’ils n’étaient pas verts, reflétaient une bonté et une intelligence hors du commun, et son sourire illuminait sa face, pourtant si disgracieuse.

Tu vois Eolwyn, la véritable beauté est intérieure, le physique est mineur.

Cet homme s’appelait Maurice. Il fut bloqué chez nous par l’hiver exceptionnellement froid. Pour payer son hébergement, il racontait des histoires aux autres clients. En effet, il avait passé un accord avec Arnhawyn, car il ne possédait pas un sou. Ses récits étaient les plus fantastiques que j’aie jamais entendus. Il disait qu’il venait d’un univers différent du nôtre, plein de machines incompréhensibles, et il nous racontait son monde. Les habitants, bien que friands de ses contes, ne l’aimaient pas beaucoup et le prenaient pour un fou, parce qu’il croyait vraiment à ses propres fariboles. Certains, menés par Gaawyn, qui n’était pas encore le chef, voulaient le chasser malgré l’hiver, et le froid infernal qui régnait.

Tu as deviné que je n’étais pas parmi ceux-là. Nous étions tombés amoureux l’un de l’autre, et voulions nous marier. Arnhawyn était d’accord pour que nous prenions sa suite à l’auberge. Mais avant cela, Maurice voulait fournir à tout le monde la preuve qu’il n’était pas fou. Pour cela, il devait retourner chez lui et nous rapporter un objet originaire de son univers. Il pensait qu’il clouerait ainsi le bec de Gaawyn et sa clique.

Quand le printemps fut là, il partit donc un matin. Mais il ne revint jamais. Le dernier à l’avoir vu fut Orgowyn, qui braconnait dans la forêt. Neuf mois plus tard, tu es né de cet amour. »

En évoquant ces souvenirs, Narkita pleure de nouveau à chaudes larmes, Eolwyn est bouleversé.

« Mais pourquoi m’avoir dit qu’il était mort ? Il est seulement disparu.

— S’il n’est pas revenu, c’est qu’il est mort.

— Mais… mais non ! Il est peut-être resté bloqué sur son monde.

— Eolwyn, j’aimais ton père, mais je n’ai jamais réellement cru à ses histoires de mondes parallèles, comme il appelait ça. Je pensais en le laissant partir, qu’il se rendrait compte que tout cela venait de son imagination. »


Je relève les yeux de ma feuille. Il est vingt heures, Sophie ne va pas tarder à crier mon nom dans l’escalier, pour que je descende dîner. Je prends les devants, cela m’évitera des réflexions désagréables.

En effet, elle ne comprend pas mon envie d’écrire et d’inventer des histoires. Elle pense que cela vient de me tomber dessus récemment. Pourtant quand j’y pense, plus jeune j’avais essayé d’écrire un roman. Mais je ne l’avais jamais terminé.

Je ne me rappelle même plus pourquoi.

En tout cas, j’ai fini pour aujourd’hui, je reprendrai mon récit demain matin.


Non, ce n’est pas possible, son père ne peut pas être mort, Eolwyn en est certain. Il faut qu’il le retrouve.

Après dîner, il sort et se dirige vers une masure un peu à l’écart du village. Il frappe à la porte. Quelques instants après, celle-ci s’ouvre en grinçant sur ses gonds.

« Qu’est c’ que tu veux gamin ? » demande Orgowyn.

— Eh bien, je voulais d’abord te dire que ce n’était pas contre toi, si j’ai refusé de devenir ton apprenti. Mais…

— J’sais bien gamin, t’as toujours voulu devenir aubergiste. Et puis, t’étais jamais avec les autres mômes à m’balancer des pierres sur l’museau. Mais j’suis sûr que tu viens pas seulement pour ça ?

— Ma mère m’a dit que tu étais le dernier à avoir vu mon père dans la forêt, j’aurais voulu que tu me montres où c’était, s’il te plaît. »

Le cantonnier referme la porte. Eolwyn se retrouve seul et hébété. Il se retourne pour partir quand il entend de nouveau le grincement des gonds.

« Paré à y aller gamin ? » Orgowyn s’est muni de son manteau, du bâton, qu’il prend toujours lorsqu’il marche dans les bois, et d’un gros sac de toile. Il n’attend pas la réponse d’Eolwyn et part d’un bon pas.

Le garçon est obligé de courir pour le rattraper. Tous deux s’enfoncent dans la forêt éclairée par la pleine lune.

Il doit être minuit lorsqu’ils arrivent près d’un lac. Eolwyn ne s’est jamais autant enfoncé dans la forêt. Orgowyn lui confie que lui-même ne connaît pas bien le lieu.

« C’t ici que je l’ai vu y a quinze ans de ça. Il allait par là » dit-il en montrant une falaise de l’autre côté de l’étendue d’eau.

— Merci, Orgowyn, tu peux y aller maintenant

— T’es certain qu’tu veux pas que j’vienne avec toi gamin ?

— Oui, je préfère que tu ailles dire à ma mère qu’elle ne s’inquiète pas, je reviendrai bientôt. Dis-lui aussi qu’il faut que je sois sûr de la mort de mon père et que je l’aime.

— Eh bien, bon courage, gamin, tu sais, moi aussi j’aimerais bien qu’il soit toujours en vie l’Maurice, c’était un brave gars. » Sur ce, l’homme lui donne son sac, se retourne et repart vers le village.

Eolwyn est maintenant en bas de la falaise qui borde tout le côté nord du lac. Par où son père a-t-il bien pu aller ? Il cherche un passage, par lequel il pourra escalader facilement. Le nez en l’air, il trébuche dans un trou.

Il se relève en jurant et frotte ses genoux pour enlever la terre. Puis il examine le creux qui l’a fait chuter. Le trou est en partie bouché par un petit rocher. Après avoir bougé la grosse pierre, il révèle ce qui ressemble à l’entrée d’une grotte, juste assez espacée pour qu’un homme puisse passer.

Un pressentiment pousse Eolwyn à s’enfoncer dans le trou béant. Il rampe sur une dizaine de mètres dans un tunnel qui s’enfonce dans le sol, puis il débouche dans la grotte proprement dite. Il remercie la prévoyance du cantonnier, qui avait mis quelques torches, de quoi les allumer, ainsi que quelques provisions dans le sac de toile.

La caverne est vaste. Après l’avoir explorée, il sait qu’il y a un deuxième tunnel qui part du côté opposé à celui par lequel il est arrivé.

Eolwyn s’y engage sans hésiter. Ce tunnel est beaucoup plus long, extrêmement sinueux, de plus, il monte et descend tour à tour. L’adolescent a totalement perdu la notion de l’espace et du temps, mais quelque chose lui dit qu’il se dirige tout de même dans la bonne direction. Aussi persévère-t-il.

Quand enfin il sent de nouveau l’air frais sur son visage, le soleil est en train de se lever sur une aube radieuse.

Il est revenu au lac. Découragé, épuisé, il sanglote en reprenant le chemin du village. Mais le village a disparu, ou plutôt non, il est différent, très différent…

Il se dirige vers l’endroit où devrait se trouver sa maison.


Après le petit déjeuner, je retourne à mon bureau pour écrire. J’ai eu de nombreuses idées pendant la nuit, il faut que je les couche sur le papier au plus tôt, pour ne pas les oublier. Je m’installe, prends mon stylo et…

La sonnette de l’entrée retentit. Mince, Sophie est dans son bain, il faut que j’y aille. Je redescends un peu irrité contre l’intrus, qui ose briser ma tranquillité et ma concentration de si bon matin.

J’ouvre la porte et tombe nez à nez avec un jeune garçon. Je ne le connais pas, mais il me dit vaguement quelque chose. Il est abominablement sale. Mais sous la crasse, je distingue de longs cheveux très blonds, de magnifiques yeux verts et des oreilles pointues ?!?

J’entends la porte de la salle de bain qui s’ouvre et la voix de ma femme.

« C’est pour moi ? Eh Maurice ??? »


Télécharger : Format epub Format pdf A4 Format pdf A5



Copyright : Didier Gazoufer
Copyleft : Ce texte est libre, vous pouvez le redistribuer et/ou le modifier selon les termes de la Licence Art Libre ou la licence Creative Commons By-Sa.

Crédits de la photo de couverture
La couverture a été créée avec une photo de Serge Saint diffusée sous licence Creative Commons BY-SA sur Flickr


tags: Fantasy