C’est le début d’une grande aventure

Créé par DiChim Zoug le Thu 14 September 2017

C’est le début d’une grande aventure

Nous sommes le 31 aout 1933 et je commence ce journal pour coucher sur le papier cette aventure extraordinaire : nous rendre aux confins du monde connu pour révéler l’inconnu.

Je relaterai dans ce carnet ce que, pour diverses raisons, je ne pourrai évoquer dans mes articles pour Outdoor America. Me servirai-je de ces notes pour écrire un livre plus tard ? Probablement. Cette expédition va, je l’espère, lancer ma carrière.

Au soir du 31, je me retrouve donc à l’hôtel Amherst. Nous devons effectuer les derniers préparatifs en vue de partir le 12 ou le 14 septembre. Je suis tranquillement dans ma chambre lorsque j’entends des éclats de voix dans le couloir. Il me semble reconnaitre le Professeur Starkweather. J’entrouvre donc discrètement ma porte pour observer ce qui se passe.

Il s’agit bien du Professeur. Il est en pyjama, les cheveux ébouriffés et en pleine furie. Il tape violemment à une porte avec un télex à la main. La porte s’entrouvre sur le Professeur Moore, qui n’a que le temps de s’écarter pour laisser passer Starkweather qui hurle : « C’est elle ! J’étais sûr qu’elle nous mettrait des bâtons dans les roues ». Puis, après avoir lancé le télex à son partenaire, il déclare que le départ est avancé au 9 et ordonne qu’on lui trouve une femme. C’est sur ces mots qu’il s’en va.

Le Professeur Moore lit le télex et, après un soupir, confirme aux membres de l’expédition, qui étaient sortis de leur chambre à cause du bruit, l’avancement du départ.

J’interroge un barbu, fumant la pipe. Lui, non plus, ne comprend pas la raison de cet esclandre. Il s’agit de Peter Sykes et il m’invite à boire un verre dans sa chambre. Ce que j’accepte volontiers. Je fais ainsi la connaissance de Myers, Griffith et Bryce, trois scientifiques de l’expédition.

Le lendemain, lors du buffet du petit déjeuner, Moore me fait signe. Je lui parle de l’avancement de la date et il me tend un journal. Un article parle de la décision d’Acacia Lexington de partir, elle aussi, au plus tôt pour le pôle. Starkweather, lui qui refusait obstinément toutes les candidatures de femmes, est donc dans une rage folle et ne pourrait supporter que cette femme arrive avant nous.

Moore me demande donc d’aller essayer de convaincre Charlène Whitston, une botaniste que Starkweather avait éconduite avec fracas, de participer avec nous à l’aventure.

Le nom de cette femme ne me dit rien et c’est donc assez curieux que je me rends à l’université. Je ne peux pas dire que l’accueil y ait été très chaleureux. Mademoiselle Whitston a visiblement son petit caractère et la façon dont Starkweather l’a traitée est loin de l’avoir laissée dans de bonnes dispositions. Il faut donc que je me creuse la tête pour finalement jouer sur sa volonté de clouer le bec au Professeur pour la convaincre de participer.

Sur ce, sa décision prise, elle me plante là dans son bureau pour aller prévenir ses supérieurs de sa future absence. Je ne crois pas me souvenir qu’elle ait parlé de demander l’autorisation. Peu après, nous nous rendons au quai n° 34 et elle insiste pour conduire. Ce qu’elle fait de façon pour le moins sportive.

Arrivés là-bas, nous sommes accueillis par des collègues journalistes qui semblent bien connaitre ma compagne et l’interrogent comme une célébrité. Sur le quai, c’est un vrai capharnaüm. Il y a des caisses et des manutentionnaires dans tous les coins. Nous montons à bord de la SS Gabrielle. Moore est au mess en pleine discussion avec un contremaitre et déclare qu’il mettra le prix pour que tout soit prêt à temps.

Après avoir accueilli Charlène, Moore nous envoie à Sykes pour qu’il prenne nos mesures exactes. Ce dernier nous explique qu’il est essentiel que nos vêtements soient bien ajustés et que ceux en peau ne devront surtout pas être lavés au risque de perdre une grande partie de leur efficacité.

Nous allons ensuite voir le photographe qui tire notre portrait, puis le médecin qui nous examine. Ayant été un peu lent à réagir pour sortir, j’ai d’ailleurs eu le droit à quelques réflexions quelque peu gênantes.

Le matin du 2, nous assistons avec toute l’équipe à l’exposé de Starkweather et l’on nous distribue des feuilles d’inventaires que nous devrons contrôler avant le départ. C’est alors que Moore nous rejoint et nous demande, sous couvert d’une grande discrétion, de nous occuper du commandant Douglas, qui avait participé à l’expédition de la Miskatonic. Il nous donne sa future adresse et nous devrons répondre à tous ses besoins tout en ne dévoilant pas sa présence.

Qu’il me donne une nouvelle mission de confiance, je peux le comprendre. Après tout, j’ai réussi à convaincre la jeune femme de participer à l’expédition. Mais pourquoi donc m’adjoindre sa compagnie ? Elle est fort jolie et, peut-être, sympathique. Mais j’avoue que son caractère et sa visible indépendance m’intimident et m’inquiètent un peu.