Terreur nocturne

Créé par DiChim Zoug le Sat 25 May 2013

Terreur nocturne

Il s’est finalement écoulé peu de temps depuis la dernière fois où j’ai écrit quelques mots sur tes pages, mais tant de choses se sont passées que j’ai l’impression que cela fait des siècles et je ne sais si je pourrais tout dire sans rien oublier. Tout cela semble bien confus dans mon esprit.

Tout d’abord, nous sommes arrivés juste à temps chez la Vérole, une sorte de sorcière du village, pour que je puisse assister Margaret Sanioch pendant qu’elle mettait au monde une petite fille. Je suis loin d’être une spécialiste des accouchements, mais j’en ai tout de même pratiqué quelques-uns. Je sais donc à quoi cela ressemble, même si je n’ai pas encore eu la chance d’enfanter moi-même. Peut-être un jour, si Bill se décide enfin à me faire part de ses sentiments... Mais ce que j’ai vu alors dépasse l’entendement. Un liquide noirâtre à l’odeur nauséabonde s’est écoulé du ventre de la mère. J’ai même vu des alevins mêlés à ce fluide improbable. Comment est-ce possible ?

La petite Annie, c’est son nom, est magnifique et se porte bien. Elle est d’une blancheur de nacre. Mais sa mère et la Vérole ont décrété en la voyant que la petite ne pouvait pas rester sur l’île. La vieille femme nous a enjoint de prendre la petite avec nous. Elles ont peur de la réaction d’un certain John Wendish, le véritable père de l’enfant et (est-ce une coïncidence ? ) assistant de Robert Stoner. Je dis véritable, car tout le monde pense que le père est le fils de la Vérole, Grégor Wenrech, une espèce de guérisseur.

Ne pouvant arracher un enfant à sa mère sans en comprendre les raisons, nous sommes repartis sans accepter, mais en déclarant que nous y réfléchirions.

Robert Stoner était un scientifique que Guiseppe et Lawrence ont rencontré sur l’île du phare. L’homme était gravement blessé et est mort pendant la tempête, j’ai cru comprendre qu’il les avait mis en garde. Le manoir de Stoner est sur l’île où nous sommes, perché au-dessus d’une falaise donnant sur la mer. Nous décidâmes donc d’y faire une petite expédition, peut-être aurions-nous des réponses ?

Le manoir était désert, mais dans son sous-sol nous avons découvert des grottes avec des choses bien étranges. Tout d’abord, une salle avec un autel. C’est, tout de même un endroit bizarre pour un lieu de culte. Puis nous arrivâmes dans une grotte donnant sur la mer. Se trouvait là une cuve vitrée emplie d’un liquide jaune. Des rails allaient de la cuve au rivage. Derrière une grande porte, nous sommes tombés sur une grande conque. L’odeur dans cette salle était abominable. Mais une chose plus abjecte est survenue dans la salle de la cuve. Soudain, une main immonde apparut de l’autre côté de la vitre. Une créature aquatique était à l’intérieur et elle vivait !

Et comble de l’innommable, cela nous parla. Oh, mon Dieu ! C’était à l’intérieur de notre esprit même que la créature s’adressait à nous. Nous suppliant de lui apporter notre aide. Au bord de la démence et pour éviter la folie, nous eûmes, à mon avis, la seule réaction intelligente. Nous fuîmes hors de ces grottes. Loin de cet être immonde en contradiction avec les lois naturelles.

J’avoue que ce qui se passa ensuite est encore confus. Nous trouvâmes des preuves impliquant John Wendish, dans un culte contre nature. Lawrence fût pris à partie par des malandrins et revint blessé à l’auberge, où, tous ces événements étranges ayant une mauvaise influence sur mes capacités de concentration, j’eus beaucoup de mal à lui prodiguer des soins corrects. Le pauvre homme a souffert de mon incompétence. Mais je ne suis pas sûre que son état d’ébriété quasiment perpétuel lui permette de se rendre vraiment compte de quoi que ce soit. En effet, il passe son temps à manger et surtout à boire. Je pense que c’est sa façon d’éviter de perdre la raison et de supporter l’insupportable.

Ah, j’oubliais ! Nous avons également été empoisonnés. Les effets m’ont fait penser à la digitaline. J’ai donc passé une nuit effroyable à baigner dans ma propre sueur et à demi paralysée. Pendant ce temps, Guiseppe et Lawrence étaient retournés au manoir Stoner. Pauvres fous, qu’ils sont ! Aller passer la nuit dans ce lieu maudit. Est-ce que la créature avait pris possession de leur âme ? Était-ce elle qui les y appelait ?

Le lendemain après une toilette rapide, mais on ne peut plus nécessaire, Bill et moi sommes allés les retrouver pour ensuite aller voir les « Pierres des hommes », c’était les mots de la créature. Ces pierres sont sur l’île. C’est un lieu avec des monolithes et un tertre. Le tertre s’était effondré et les pierres possédant des gravures étranges avaient été jetées à terre pendant la tempête. Il restait d’ailleurs une couche d’eau sur les lieux, lorsque nous les avons visités. Nous y avons rencontré les passagers d’un bateau provenant de l’île de Man, que j’avais remarqué sur le port en allant au manoir. Il s’agissait d’un vieux druide celte et de son jeune acolyte. Notre discussion avec eux nous fit comprendre que l’endroit où nous nous trouvions était une protection. Contre quoi ? Contre qui ? Qu’il soit détruit était dangereux et le druide devait en référer à son supérieur sur l’île de Man. Ils repartirent donc vers leur bateau.

Après en avoir discuté, il nous a paru évident que nous devions, nous aussi, partir pour l’île de Man. Nous décidâmes donc de tenter de rattraper les deux hommes pour leur demander de voyager avec eux. Le poison encore présent dans nos veines ne nous permit pas de les rejoindre avant le village. Quand nous arrivâmes, le jeune homme se dirigeait vers le navire, pendant que le vieux partait avec la Vérole en direction de chez la sorcière. C’est là-bas que nous finîmes par les retrouver.

Nous parlions de la petite Annie, toujours aussi mignonne et pâle, lorsque l’on frappa violemment à la porte. Des hommes nous menacèrent et nous réclamèrent l’enfant. Leur insistance nous décida. Finalement, Annie viendrait avec nous. Nous ne pouvions la laisser sur cette île maudite à la merci de ses habitants dégénérés. Bill du faire appel à ces talents martiaux. Et, malgré leur nombre, ces malotrus ne purent faire face à cet homme fort et aguerri par des années au service de son pays dans l’armée. Arrivés au port, nous eûmes la déception de voir que le bateau du druide était en feu. Nous ne pouvions donc plus partir pour l’instant, il nous fallait attendre que notre navire soit réparé.

Après un passage, chez une pauvre, mais honnête femme, où nous avons pu trouver de quoi changer et nourrir la petite. Les hommes décidèrent de retourner au manoir. Là-bas, la créature communiqua de nouveau avec nos esprits, j’ai horreur de sentir mon cerveau pris d’assaut par les pensées de cet être si étrange. L’amphibie nous communiqua un souvenir. Des hommes auraient trahi la confiance des profonds. Ces hommes seraient les druides. Mais les profonds les ont pardonnés et la créature nous fit comprendre que les druides devaient défendre les sites des Pierres. Elle nous alerta contre Wendish, qui se servait d’elle. Lorsqu’elle vit l’enfant, elle la déclara sacrée. Wendish la rechercherait, car il voulait le masque de nacre.

Je sais que tout cela est confus et que je ne suis sûrement pas très compréhensible. Mais cela s’est passé il y a quelques heures à peine, et je ne sais pas si je comprends tout moi même. Il est trop tôt.

Après cette vision, nous sommes remontés en haut. Et épuisée, je suis allée m’allonger dans la chambre de Stoner avec la petite Annie. J’avais un besoin impérieux de dormir et ne tardait pas à sombrer dans le sommeil. Trois heures plus tard, des chants ont retenti. Au sous-sol, des fidèles d’un culte abominable étaient en train de psalmodier. Les hommes sont descendus et je suis restée dans la chambre avec la petite. Pour conjurer ma peur, je viens d’écrire ces quelques lignes. Mais ils ne sont toujours pas remontés et les chants ont cessé. Pourquoi ?

Annie et moi sommes seules. Sans défense et je suis terrifiée.