A l'ombre de la Ville lumière

Une fois à la gare, Raymond, l’agent du Simplon Orient Express qui va s’occuper de nous, nous communique quelques renseignements et documents sur le voyage à venir. Nous disposons ainsi d’un plan avec l’ensemble des lignes de l’Orient Express, d’un fascicule avec les horaires de départ et d’arrivée aux différentes étapes du parcours ainsi que d’étiquettes à mettre sur nos bagages. C’est le début d’un long voyage qui sera, j’en suis sûr, passionnant.


Avant de prendre l’Orient Express proprement dit, nous devons prendre un train, dans un wagon de première classe, cela va de soi, pour aller de Londres à Douvres. Puis, c’est le tour du ferry jusqu’à Calais. Nous remarquons d’autres futurs passagers du fameux train. Un couple d’Anglais à la mise assez stricte et même militaire pour l’homme et une jeune femme vêtue luxueusement avec un accent texan.


Une fois à Calais, après un passage par la douane, nous prenons de nouveau le train pour aller rejoindre l’Orient Express à Paris. Toutefois, les wagons qui nous emmènent sont déjà ceux du train prestigieux. Et là, mazette ! Nous pouvons constater le luxe et la qualité des cabines.


Nous arrivons à la Gare du Nord vers 22 h 30, le Simplon part de la Gare de Lyon à 23 h 50. Toutefois, nous avons à faire à Paris avant de poursuivre notre voyage. En effet, nous devons faire des recherches sur le comte Fenalique. Raymond nous réserve donc une chambre à l’hôtel Meurice, rue de Rivoli et nous commande un taxi.


L’hôtel Meurice est un établissement très luxueux. Deux suites communicantes sont à notre disposition. Je sens que je vais me plaire dans cet établissement. Wentworth tente, sans succès, d’obtenir l’adresse d’un Fenalique auprès des Postes et Télécomunications, pendant que Kate revoit ses notes de recherches avec moi. Puis, fatigués par le voyage, nous allons nous coucher après avoir pris la décision d’aller à la Bibliothèque Nationale le lendemain.


Lorsque nous nous y rendons, je suis agréablement surpris par la tenue des femmes parisiennes. Les coupes de vêtements et de cheveux sont effroyablement effrontées. Je vois dans l’œil de Wentworth qu’il partage mon plaisir des yeux, mais pour sa part Kate semble assez choquée par tant d’indécence. Difficile de passer outre sa bonne éducation anglaise. Pourtant, je suis certain que tout cela lui irait fort bien.


Arrivés à la bibliothèque, les recherches s’organisent. Wentworth qui parle arabe fait des recherches sur le simulacre de Sedefkar. Kate connaissant le français s’attache à retrouver la trace du comte Fenalique. Quant à moi, ne parlant ni l’un ni l’autre, j’aide comme je peux et j’essaie surtout de ne pas gêner.


La journée est longue et les recherches difficiles. Kate trouve une mention de l’arrestation du comte. Le soir, épuisée, elle ne désire qu’une chose : se reposer. Voulant profiter de l’occasion d’être à Paris je propose d’aller nous promener dans la Ville lumière. Wentworth se fait fort de m’accompagner et nous voici partis pour le Moulin Rouge. Le spectacle est éblouissant, magnifique, enjôleur et enthousiasmant. Les mots me manquent tellement ce fût agréable. L’image et la musique du French Cancan final me restent longtemps à l’esprit et j’entends Wentworth fredonner.


Le deuxième jour de recherches est plus fructueux. Kate et Wentworth découvrent plusieurs mentions de l’histoire du comte, de son arrestation et de son enfermement à l’asile de Charenton. Wentworth découvre un plan de Poissy à l’époque ou le château de Fenalique y était encore. Ils trouvent également un article très récent sur la mort du docteur Étienne Delplace, le directeur du l’asile. Avant de partir, l’archéologue emprunte un livre sur l’hébreu.


Le repas au restaurant de l’hôtel est un véritable délice et, une fois de retour dans la suite, Wentworth s’attaque à la traduction des symboles sur la maquette du train d’Alexis grâce au livre, qu’il vient d’emprunter. Ce n’est pas très clair, mais cela parle de porte et d’autres mondes. Ainsi que de références à Hastour et shotote. Ce qui lui est assez incompréhensible. Victime d’un léger malaise à cette lecture, je lui propose de l’examiner. Mais, l’archéologue répond qu’il doit s’agir du repas, trop riche, qu’il a du mal à digérer et il va se coucher.


Au petit matin, la brume couvre Paris et une petite bruine froide tombe. Un taxi nous dépose dans la cour de l’asile de Charenton. Wentworth décide de rester dehors pour examiner les lieux pendant que Kate et moi nous rendons à l’intérieur.


Kate demande à parler au docteur Leroux, le nouveau directeur. Son nom signait l’article que nous avions trouvé relatant le décès de docteur Delplace. La personne à l’accueil nous redirige vers son bureau où nous sommes accueillis par madame Rogniat. Je demande à la secrétaire si je peux consulter les dossiers datant de la révolution. La pauvre femme parle très mal anglais, mais nous finissons par nous comprendre avec l’aide de Kate. Madame Rogniat en réfère donc au docteur Leroux qui accepte volontiers que l’on puisse consulter des dossiers aussi anciens. Pourtant lorsque Kate évoque le décès de l’ancien directeur. Le responsable prend aussitôt la mouche. S’ensuivent des excuses empressées de notre part pendant que nous remarquons une boite d’archives au sol avec l’étiquette : « E. Delplace Evenements 1923 ».


La secrétaire nous emmène aux archives et nous avons tout le loisir de fouiller. Pourtant, si nous trouvons bien les documents sur l’entrée du comte Fenalique, rien ne fait état de sa sortie. Mon expérience des hôpitaux m’amène à penser que l’homme est mort peu après son admission.


Pendant ce temps, l’archéologue ayant repéré une cave en cours de réparation tente sans succès d’en crocheter le soupirail pour voir à l’intérieur.


N’ayant rien trouvé de probant aux archives, Kate veut absolument mettre la main sur le dossier entrevu dans le bureau du secrétariat. Je décide d’occuper madame Rogniat en usant de mon influence et de mon charme, pas de fausse modestie, pour l’entrainer à la recherche d’un malade soi-disant échappé. Kate tente de s’emparer du dossier, mais manque de discrétion et attire le docteur Leroux dans le bureau. Elle essaie de lui faire prendre des vessies pour des lanternes, mais le médecin n’est pas dupe. Quand la secrétaire et moi revenons, Leroux s’énerve et retourne dans son bureau en nous fichant à la porte. Le rustre !


Je nous excuse auprès de la secrétaire et en profite pour la faire parler de l’ancien directeur. Celui-ci aurait été trouvé mort, son cadavre exsangue. La pauvre femme sort de son bureau en pleurant et Kate en profite pour s’emparer du dossier convoité. Puis, nous retournons, au plus vite, auprès de ce cher Wentworth.


Nous nous installons dans le café face à l’asile pour lire le dossier et discuter de la suite à donner à nos recherches.


Le dossier contient le journal du docteur Delplace. Il relate que Guimart, un infirmier, est allé au sous-sol sans autorisation et qu’il a été retrouvé blessé au poignet et gisant sur le sol. Le sous-sol abritait également un homme inconnu dans un état de décrépitude avancée. En se réveillant, Guimart s’est révélé totalement incohérent. Il est maintenant interné dans la chambre 13. Quant à l’étranger, le directeur l’a installé dans son aile privée pour essayer de le soigner de ses horribles blessures.


Après lecture du journal, nous voulons rencontrer Guimart et savoir où est la cave où il a été retrouvé. Seulement, il y a un problème. Kate et moi sommes désormais persona non grata à l’asile.


Wentworth a alors une idée lumineuse. Il se fait passer pour un agent du Bureau Of Investigation à la poursuite d’un couple posant des questions étranges. Il demande au docteur Leroux s’il les a vus. Aussitôt, ce dernier est en confiance. Il lui déclare que Delplace faisait des expériences bizarres, qu’il travaillait beaucoup la nuit sur une machine et qu’il lui avait dit qu’il touchait au but.


L’archéologue demande à voir la machine et Leroux l’emmène dans l’aile privée. Là où Delplace a été retrouvé mort. La discussion finit par aboutir sur le dossier et Leroux propose de le montrer au supposé agent du Bureau Of Investigation. Bien sûr, le dossier a disparu et Leroux appelle la police.


Pendant qu’elle arrive, Wentworth, toujours accompagné du médecin, va visiter les archives puis la cave qui est en travaux et qui est celle où Guimart a été retrouvé. Wentworth demande à accéder à la chambre 13 où le pauvre infirmier est entravé par une camisole. L’homme est totalement abruti par les médicaments, il voit rapidement qu’il ne pourra rien en tirer.


L’archéologue prend congé avant l’arrivée de la police et nous passons le reste de la journée à nous préparer et nous équiper pour retourner dans l’asile et sa cave plus précisément. Je vais devenir un véritable monte-en-l’air, si je poursuis dans cette voie.


À la nuit tombée, nous essayons en vain de crocheter le soupirail. N’y tenant plus nous décidons de le casser en tentant de faire le moins de bruit possible. C’est raté. Le soupirail se brise dans un bruit de tous les diables. En entendant que quelqu’un arrive dehors, nous nous précipitons à l’intérieur. Si Wentworth rentre dans la cave sans problème, ce n’est pas le cas de Kate et moi qui nous affalons l’un sur l’autre. Heureusement, lorsque dehors nous entendons râler contre ce satané soupirail cassé, nous arrivons, je ne sais comment, à passer inaperçus.


À l’intérieur, un mur tout frais a été remonté. Nous enlevons assez facilement le ciment pour le mettre à bas. Nous débouchons dans un endroit très sombre, froid et sec. Nous constatons la présence de griffures sur les autres murs, et la présence de cadavres de rats asséchés. Je tente d’en examiner un, mais il fait trop sombre. Kate en ramasse donc un pour pouvoir y jeter un œil plus tard. Wentworth quant à lui trouve des liens sur le sol. Nous en déduisons que Fenalique a été emmuré en ces lieux. Notre destination suivante devrait alors être Poissy, l’ancien fief du comte.


Nous repartons vers Paris, le contraste entre l’asile et la ville si vivante est saisissant. Diable ! Que j’aime cette ville. Il faudra que je revienne. Quelle plaie de ne pas parler français. Je vois tant de rencontres possibles avec ses jolies habitantes.


Le lendemain, nous nous rendons donc à Poissy. Le taxi nous dépose devant une petite propriété : « Les Lorien ». Nous pouvons y voir un mur en ruine datant très certainement du XVIIIe siècle. L’enceinte est recouverte d’un immense rosier. Celui-ci, en hiver, ressemble plus à des barbelés qu’à une jolie plante. Au milieu de la propriété trône une petite maison en brique d’un étage. De la fumée s’échappe de la cheminée.


La propriété est sur l’ancien emplacement du château, nous décidons d’aller en voir les habitants en leur disant qu’en tant qu’archéologue, Wentworth est fort intéressé par ce lieu. Les Lorien sont étonnés, car ce n’est pas la première fois que quelqu’un se renseigne sur l’endroit. Ils ont en effet reçu une lettre étrange à ce propos.


Nous remarquons que le père a une cicatrice à la main gauche qui est encore vive, bien qu’assez ancienne. Il s’est blessé, il y a un an avec le rosier, dit-il. La mère de son côté souffre d’arthrite au bras gauche. La petite fille de la maison, Guitterie, discute joyeusement lorsque son père Christian lui renverse un peu de café sur le bras gauche. Elle hurle de douleur et une grande rougeur est visible sur son membre, alors que la brulure devrait être bénigne. C’est étrange. Et toujours au bras gauche...


Lorsque son père lui dit d’aller dans sa chambre. Elle refuse tout net. Elle ne veut pas voir le méchant homme. Les parents expliquent que depuis une semaine la petite fait des cauchemars et croit voir un croque-mitaine dehors entre des arbres du jardin.


Nous allons examiner les lieux après nous les être fait montrer par la petite depuis sa chambre. Mais nous ne trouvons rien. Par contre, selon les plans découverts à la bibliothèque, c’est à cet emplacement que se trouvait une cave. Nous demandons donc une pelle et commençons à creuser pour tomber finalement sur une marche.


Pensant que le lieu est corrompu et pour pouvoir travailler l’esprit tranquille, nous décidons alors de demander à la famille de se rendre dans nos suites à l’hôtel Meurice et de profiter des lieux. Nous, nous restons dans la propriété pour tirer les choses au clair.


Il fait presque nuit, lorsqu’au bout d’une volée de dix-huit marches, nous tombons sur une porte en fer. Nous la forçons. Cela devient une habitude. À l’intérieur, il fait chaud et humide. L’odeur est forte et rance. Derrière la porte, nous passons dans un couloir envahi par des racines qui se terminent toutes par cinq bouts, comme des bras et des mains. Impressionnés par cette vision, nous retournons dans la maison chercher haches et pétrole. Nous n’allons pas nous enfoncer là-dedans sans armes.


Lorsque nous revenons, Kate pense voir les racines bouger et commence à les frapper de sa hache. Je commence à m’inquiéter pour la santé mentale de cette petite. Nous sentons un souffle froid entrer et avancer dans le couloir. Après avoir passé les racines, nos lampes ont du mal à percer l’obscurité. Nous arrivons dans des catacombes. Les deux premières sont vides, mais dans les suivantes, nous pouvons distinguer des cadavres, des squelettes, des cages et des instruments de torture.


Nous continuons d’avancer pour nous retrouver dans une pièce où une faible lueur semble sortir de roses de différentes couleurs inhabituelles. Un léger brouillard s’élève du sol. À l’initiative de l’archéologue, nous mettons un linge devant nos visages pour ne pas respirer les miasmes présents dans la pièce. Wentworth est pétri de tels réflexes et c’est une bonne chose. Cela pourrait un jour nous sauver.


En nous approchant des plantes, nous constatons qu’elles enserrent des cadavres qui soutiennent une sorte de bras. L’atmosphère est oppressante. Une brume tourne autour de nous, nous laissant sentir une impression de fébrilité.


Pendant que Wentworth surveille leurs arrières, Kate déchire son chemisier pour fabriquer une torche. Je m’approche des roses et me fais lacérer le pied par une racine qui se rétracte. Je vois clairement que le bras est en métal. Kate me confie la torche et s’attaque au rosier à la hache pour dégager le bras. Cette petite bibliothécaire est une femme d’action qui ne s’en laisse pas conter.


Une fois le membre récupéré, Wentworth ressent comme de la joie de la part de la brume qui repart vers l’extérieur. Les racines s’assèchent et Kate y met le feu pendant que nous sortons au plus vite. En passant près des cadavres, nous entendons des cris et voyons des choses qui se racornissent. Mais, nous ne demandons pas notre reste et continuons notre chemin.


Nous parvenons donc dehors avec une première partie du Simulacre.


Retour à l’hôtel. Le soir, nous sommes à la Gare de Lyon pour reprendre l’Orient Express. Il y a beaucoup plus de passagers qu’à Londres. Ceux que nous avions déjà remarqués, mais aussi Caterina Cavollaro, la cantatrice bien connue qui retourne à la Scala de Milan après quelques représentations à Paris.


Elle nous fait le plaisir d’un petit tour de chant dans le wagon-bar et vante aux spectateurs la belle ville de Milan. Cette femme est superbe et j’ai déjà hâte d’être dans sa si jolie cité.


L’Orient Express est un véritable nid douillet après la soirée de la veille. Prochaine étape : Lausanne, ville de départ de la lettre reçue par les Lorien.

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