Enfin !

Créé par DiChim Zoug le ven. 05 janvier 2018

Enfin !

12 octobre 1933, je ne suis pas mécontent (et je ne suis sûrement pas le seul ) de voir les côtes australiennes. Nous attendons qu’un pilote prenne la barre et nous nous retrouvons enfin au port de Melbourne sur la terre ferme. Quel soulagement !

Une véritable foule nous attend et Starkweather y va de son baratin habituel devant les journalistes : « Heureusement grâce à lui, tout a été réglé. Qu’aurions-nous fait sans lui ? » Je sens à l’expression de Charlène qu’elle pourrait en énumérer une bonne liste.

Lorsqu’Enig est embarqué par la police, on nous convoque pour témoigner le lendemain matin. Moore nous ayant signifié que nous étions dispensés de vérifier les commandes comme à notre habitude, nous avons donc une journée pour nous. Nous décidons de la mettre à profit pour nous acheter quelques armes. Un peu de prudence et de prévoyance ne peuvent pas faire de mal.

Nous trouvons facilement une boutique, les Australiens sont aussi civilisés que les Américains de ce point de vue. Pour répondre à nos demandes un peu particulières (des armes pouvant résister au grand froid et tirer rapidement plusieurs coups), il nous propose un prototype de Garand, qu’il possède par connaissance. Le prix en est exorbitant, mais nous lui proposons de demander à son ingénieur d’ami, si nous ne pourrions pas faire un partenariat en testant son arme dans le grand froid et en lui en faisant un rapport complet.

En retournant au bateau, nous apprenons que Lexington faisait relâche en Tasmanie le 8 octobre. Sykes a profité de sa journée pour renouveler sa collection de magazines d’« art ». Il me propose d’aller passer la soirée au bordel, mais je décline poliment.

Le lendemain au palais de justice, nous faisons notre témoignage et l’on nous laisse rapidement tranquilles. Le reste du séjour se passe tranquillement. Nous avons assisté à la Melbourne Cup et nous sommes aller à un pince-fesses à l’hôtel de ville où Starkweather et Moore ont reçu les clés de la cité.

Le grand départ pour la dernière traversée a lieu le 18 octobre et les premiers jours sont plutôt calmes. Mais le 23, le baromètre chute et nous sommes pris dans une tempête bien plus forte que celle que nous avons essuyée après notre passage du canal de Panama. Il est impossible de tenir debout sur le pont et nous sommes malades.

Lorsque cela s’arrête enfin, nous assistons à un splendide coucher de soleil, les couleurs sont magnifiques et pour nous inconnues. Quelle splendeur !

Nous sommes un peu refroidis lorsque les marins nous expliquent que ce n’était là qu’une petite tempête. D’autant que nous commençons à rencontrer des icebergs sur notre route. Oui, le même genre de ce qui a fait couler le Titanic.

Le 26, fidèle au rendez-vous, la tempête se déchaine sur nous, la glace s’empare du pont et pendant que je suis en train de vomir tripes et boyaux dans un seau, nous entendons un grand fracas, puis des coups métalliques répétés.

En allant voir ce qui se passe, je passe mon temps à chuter et à être rattrapé au niveau de ma capuche par Charlène. Malgré sa dextérité à me sauver, je n’en prends pas moins de nombreux coups et je n’en mène pas large lorsque nous arrivons enfin dans la cale numéro 2 pour voir que deux des quatre moteurs de Boeing sont sans attaches et fracassent le reste du matériel. Il y a du pétrole partout qui s’échappe des fûts éventrés.

Nous décidons de nous servir de cordes pour bloquer les moteurs fous, mais pendant cette opération, je dois avouer que je suis plus un souci supplémentaire qu’une aide. Heureusement, Charlène était là. Sans elle, je n’y serais plus.

La tempête se calme le 28, mais nous avons perdu la moitié de notre pétrole, et un seul avion reste sur les trois. Le 29, Charlène va vérifier les attaches et constate qu’elles ont été sabotées, mais impossible de savoir de quand cela peut bien dater.

Plus nous avançons, plus nous sommes ralentis par la glace. Le 6 novembre, les cornes de brume de la Gabrielle retentissent. Nous pouvons voir, au loin, un bateau pris dans la glace. Nous formons une petite expédition pour nous rendre à son bord. Il s’agit du Wallaroo, un chalutier disparu depuis l’automne.

La coque est brisée en deux et il y a des traces d’explosion. Lorsque nous arrivons vers les cabines nous découvrons les cadavres de l’équipage, l’un d’eux est même totalement nu. Dans la cabine du capitaine, nous retrouvons ses restes desséchés avec un pistolet dans une main et une bouteille de whisky dans l’autre. Sans contestation possible, il s’est suicidé. Nous retrouvons son journal de bord et des photos de famille.

Charlène trouve dans un double fond du tiroir une clé et une bourse en cuir contenant des pièces d’or avec des gravures étranges : de bizarres créatures marines et des écritures d’origine inconnue.

Certains veulent partir au plus vite, nous ne faisons donc qu’un tour rapide des cales où ne découvrons rien de particulier. En sortant, nous voyons l’un de leur canot de sauvetage enfoui dans la glace à 1 km de là.

Lors de la réunion que nous faisons de retour sur la Gabrielle, l’ambiance est pesante. Chacun se rend compte concrètement que le danger nous guette à tout moment et que la mort n’est pas loin dans ces terribles contrées.

À l’aube du 14 novembre, nous pouvons voir la Chaine de l’Amirauté qui se dessine à l’horizon. Nous jetons finalement l’ancre. Nous sommes enfin arrivés. Le voyage depuis Melbourne a été très éprouvant pour moi, pourtant je sens que tout commence maintenant. Ce qui n’est pas pour me rassurer.